"On ne se lasse JAMAIS de la littérature jeunesse. Mais on devient terriblement exigeant."
C’est une de mes formatrices de l’IUFM qui nous avait expliqué ça. Je dis pas que je ne la croyais pas mais je ne voyais pas venir le truc. Jusqu’à ces dernières semaines… Je participe au Comité de sélection d’un célèbre prix littéraire pour la jeunesse. Niveau 3e-2de, donc à priori, les bouquins auxquels j’adhère le plus facilement. Il y a 29 bouquins à lire, j’ai attaqué le 15e ce matin. Peut-être que c’est de la faute de la sélection mais il y a de plus en plus de livres dont je sors en me disant "Oui, ok, pas mal, mais quoi ?" Pas que je veuille forcément qu’un livre instaure une réflexion, suppose un débat, mais un livre, pour moi, ça doit habiter un peu son lecteur, au moins quelques heures, laisser une trace, une impression, un sentiment, un effleurement. Sur les 14 que j’ai terminés, seulement 3 m’ont fait cet effet, les autres, je les ai fermés et oubliés presque aussitôt. Peut-être que c’est la faute de la sélection… Ou peut-être que je deviens exigeante, finalement.
Exigeante ou pas, cette série de lectures passables m’a un peu coupé l’envie de poster mes "Lu". Déjà parce que j’ai décidé de ne pas parler ici des livres de la sélection. Ensuite parce que je lis presque que ça. Pourtant…
Pourtant, j’ai lu Le Dernier Hiver de Jean Luc Marcastel qui était un envoi de la dame de chez Hachette, dans la collection Blackmoon. C’était son coup de coeur de la rentrée (oui, la rentrée de septembre. Comment ça, je manque de réactivité ?) et j’avoue que je me suis bien laissée embarquer.
pix : CRDP d’Alsace
Le topo : dans un futur post-apocalyptique comme savent si bien les déterrer les éditeurs actuellement, le ciel est voilé par un nuage rouge de radiations et un hiver permanent s’est installé sur Terre. Sous l’effet de ce nuage, la Malsève, une forêt de pins vampires (si, si) s’est développée et menace d’envahir l’ensemble de la surface du globe. A Aurillac, Johan se languit pour sa bien aimée partie avec ses parents pour une ville voisine. Quand son frère Théo, militaire, rentre dans des conditions un peu étranges quelques jours après que toutes les communications avec l’extérieur de la ville aient été coupées, Johan comprend que l’armée est en déroute face à la Malsève et décide d’aller chercher la fille qu’il aime (et dont j’ai perdu le nom, j’avoue, et comme mon bouquin est déjà entre les mains de mes élèves, je ne peux pas aller le chercher). Johan ayant la tête dure, ses amis et son frère savent qu’il ne sert à rien de tenter de le raisonner, mais que le laisser partir seul revient à l’envoyer à la mort. Ainsi, Théo (le frère de Johan, vous êtes toujours avec moi ?), Fanie, leur "petite sœur de cœur", et Khalid, un ami de longue date, se lancent à travers cette forêt de pins dont personne ne sait réellement ce qu’elle cache.
Quand j’en ai parlé à une élève elle m’a tout de suite dit "Ouais, alors, la fille qu’il aime elle va être morte ou alors il va pas la trouver, Fanie elle va être amoureuse de Johan et il le sait pas, et y a soit le frère soit le copain qui va mourrir". Et elle avait raison. On le voit venir au bout de deux chapitres et paf, on tombe dedans. (Nous, on avait parié sur le frère. Je vous dis pas si on s’est trompées ou pas.)
Le livre est présenté comme une histoire d’amour et c’est vrai qu’il s’agit d’une histoire d’amours au pluriel : amour dans un couple, amour non partagé, amour fraternel, familial, amour de soi-même qui devient un égoïsme destructeur, amour de "l’humanité"… Et tout ça sans être gnan gnan. Enfin, si, là, un peu, à la fin, y a un passage qui est gnan gnan mais sinon, c’est pas gnan gnan.
Donc, que je me reprenne : un univers post-appocalyptique comme on en lit un bouquin sur deux en littérature jeunesse en ce moment, de l’amour qui dégouline du texte, les grandes lignes de l’histoire qui sont téléphonées… Et pourtant, je garde une bonne impression de cette lecture. (Bien que j’ai terminé de le lire le 6 novembre dernier !) D’abord, grâce aux personnages. Pas celui de Johan avec sa tendance schizophrène qui lui permet de se transformer en pantin insensible quand il est contrarié. Pour moi, ce personnage n’est pas une réussite, je n’ai pas adhéré à son passé d’enfant en souffrance qui justifie qu’il passe en mode ninja spécialisé du maniement du sabre dès qu’il faut serrer les dents… Par contre, j’ai aimé le grand frère, Théo, j’ai aimé Fanie, j’ai adoré Khalid et son gimmick "Mon grand-père, il faisait des babouches. Et mon grand-père, il disait toujours…" J’ai aimé les personnages qu’ils rencontrent sur leur route (ou je les ai détestés quand il le fallait). Et ça aussi, j’ai aimé, qu’ils rencontrent du monde sur leur route et tous ces rebondissements. Parce que j’avoue que quand ils se sont lancés dans la forêt, je me voyais partie pour un pavé de créatures toutes plus dangereuses que surnaturelles abritées sous des pins mangeurs d’hommes et j’étais pas plus emballée que ça. Mais l’auteur a su éviter cet écueil et le parcours des 4 jeunes gens va être semé d’évènements inattendus. Un bémol sur la fin qui est un peu "too much" pour moi mais qui saura séduire les jeunes lecteurs je pense.
La prof doc en dit que c’est une bonne lecture pour élèves à partir de la 5e si bons lecteurs, plutôt 4e sinon. En même temps, chère collègue, si tu ne l’as pas sur tes étagères, tu ne mérites pas d’être immolé-e dans l’autodafé de ton fonds documentaires.
J’ai également lu, grâce à La Bouseuse, Bartabas : roman par Jérôme Garcin.
pix by fklv
Il s’agit ici d’une biographie qui n’en a pas l’air bien qu’elle en ait la chanson. Jérôme Garcin, homme de cheval, parle ici de Bartabas, son ami Bartabas, mais aussi du théâtre de Zingaro, de l’Académie équestre de Versailles, de plusieurs des personnes qui entourent l’écuyer… et pas forcément de manière chronologique.
Le style est proche de l’écriture de fiction, on n’énonce pas des faits, on les raconte, et l’auteur y met du sentiment car il est proche de cet homme dont il parle, qu’ils sont liés par le cheval. J’ai appris énormément sur Bartabas et comme toujours quand on découvre des choses sur quelqu’un qu’on admire, j’ai été dérangée par certains évènements, comme son entêtement contre la grève des Intermittents du spectacle à Avignon lors d’un festival auquel il participait. L’auteur le justifie mais les arguments ne m’ont pas touchée. Je reste, tout de même, admirative de Bartabas !
Ce livre a été l’occasion de plusieurs rêves les nuits qui ont suivi (quand je parlais de livre qui habite le lecteur), dans lesquels je poussais la porte du théâtre d’Aubervilliers, dans une ambiance digne du film de Bartabas Mazzepa, pour me fondre dans la troupe de Zingaro. Un livre que je conseille plus que vivement à tous ceux qui s’intéressent même qu’un peu à Bartabas, au spectacle équestre ou même aux chevaux. Et même à ceux qui n’y entendent rien, peut-être pourraient-ils comprendre.
Hors sélection du Prix littéraire, je n’ai lu d’autre que Féroces second volume de la Saga des Wildenstern ouverte avec Voraces, d’Osin McGann qui est tout aussi réussi que le premier. Voilà de la littérature jeunesse qui n’hésite pas à être inventive et ne cherche pas à ménager un lecteur qui n’est pas si sensible que ça, hein, sans pour autant choquer ou provoquer. Il y a le style, il y a les idées, alors moi je dis : vivement le tome 3 !
pix : www.davidrumsey.com
Puis j’ai lu le 3e tome de Maximum Ride par James Patterson et j’ai été brutalement déçue ! J’avais adhéré sans ménagement aux premiers tomes de cette histoire d’enfants mutants échappés du laboratoire où on les a manipulés génétiquement pour qu’ils aient… des ailes, poursuivis pas les terribles Erasers, sorte de loups garous, et là, c’est la cata. Depuis la 1ere jusqu’à la dernière ligne on dirait que l’auteur s’ennuie, qu’il ne sait pas quoi faire de ses personnages, ne sait pas où aller, et termine ce tome parce qu’il le faut. Peut-être que son éditeur le cravachait pour avoir une fin, allez savoir… En attendant, le résultat donne un zéro pointé, bourré d’incohérences (ouais, je sais, un bouquin avec des gamins volants, ça prête pas à la cohérence mais pendant 2 tomes, il y était arrivé, Patterson, alors pourquoi pas dans le 3e ?), et surtout, manquant totalement d’enthousiasme.
pix by Daniel Paquet
Du coup, je suis embêtée parce que jusqu’ici, je le mettais volontiers dans les mains des élèves et là, je ne sais plus trop quoi faire… Si je les préviens que j’ai trouvé la fin mauvaise, ils se priveront de deux bons premiers tomes. J’attends le retour de ceux qui s’y lanceront pour terminer de me faire un avis. Là, le tome 3 est parti chez un élève qui a dévorer les 2 premiers. Verdict d’ici quelques jours.
Ah, on me souffle dans l’oreillette (de mes recherches d’images) qu’un tome 4 devrait paraître. Oui bon ben ça ne me fera pas changer d’avis sur le 3 !
Notes de bas de page :
– Il est donc question de :
- MARCASTEL, Jean-Luc. Le Dernier Hiver. Hachette, "Blackmoon", 2011, 450 p.
- GARCIN, Jérôme. Bartabas : roman. Gallimard, "Blanche", 2004, 236 p. (mais il existe en poche)
- MCGANN, Oisin. Féroces : la Saga des Wildenstern. Mango, 2011, 382 p.
- PATTERSON, James. Max tome 3 : mission sauver le monde. Hachette jeunesse, "Le livre de poche jeunesse", 2010, 544 p.
- J’ai publié plusieurs textes sur la page des 366 réels à prise rapide