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pix by Raïssa B

« Hey, ho, je suis là ! C’est quoi ces façons de faire ? Depuis quelques semaines, tu te sers de moi sans ménagement, là, sans un regard, sans un égard. Moyen de transport d’ici à là. Boite à outil dans laquelle on pioche les membres et les articulations dont on a besoin pour accomplir ceci ou cela. Des couches de vêtements non pas pour me protéger mais pour ne pas être gênée par la sensation du froid. De la nourriture, pour renvoyer temporairement la faim aux oubliettes. Le minima de soins, hygiène de base, un peu de crème et de lait certains jours, du maquillage par habitude. Est-ce que tu m’as regardé, ces derniers temps ? Est-ce que tu m’as écouté ?

Tu as entendu les signes d’alerte. Je flanchais, fatiguais. La menace de la maladie, ça, oui, tu y a été attentive ! Tu te protèges d’un rhume, d’une grippe, d’une gastro, comme d’autant de poisons mortels, parce que tu es terrorisée à l’idée que ça te provoque une nouvelle crise d’épilepsie. Alors, là, oui, tu as réagis. Ginseng, Gelée Royale, Guarana, Gingembre, Acerola, tout ça en shaker dans un grand verre de jus de fruits au petit déjeuner. Et du sommeil. Voilà. Pour l’instant, ça a suffit. Alors aussitôt, tu te désintéresses.

Tu pestes, même, quand, à cheval, la cheville ne s’assouplit pas assez, l’équilibre se répartit mal. Le tennis, depuis trois semaines tu n’y as pas mis les semelles. Le terrain de course, on n’en parlera même pas, hein. Facile, oui, facile d’exiger quand tu en as besoin et de ne plus se préoccuper de rien ensuite !

Mais regarde ! Tu tournes sur 3 pantalons parce que tu ne rentres plus dans les autres (heureusement que les jupes ont davantage indulgentes). En soit, quelques kilos en plus, ce n’est pas grave. Mais d’où il vient, ce poids ? La flemme de se nourrir correctement, les casses dalles sur le pouce avec du pain et du fromage à l’heure du repas et quoi d’autre dans l’après-midi parce que faiiiiim ? Des kilos non pas d’hiver qui s’installe, non pas de gourmandise en bonne et due forme, non pas de fêtes alcoolisées, de repas plantureux entre amis, en famille. Non, des kilos de désintérêt pour l’assiette, des kilos de solution de facilité, des kilos de remise à demain. Et tu sais que chez toi une prise de poids n’est jamais anodine. Pas quand elle s’installe un tant soit peu dans la durée, pas quand il n’y a pas de cause extérieure inattaquable, c’est notre histoire.

Puis regarde tes cheveux, secs, plats, ternes, la couleur ne cache plus rien. Regarde ta peau, agressée, rougis, fatiguée et ces deux marques autour de tes lèvres, marques usées des expressions. Regarde tes ongles, coupés courts parce que cassés, parce que rongé. Regarde ne serait-ce que les vêtements que tu portes…

Pendant des années, tu m’as maltraité.

Ensuite, tu es devenue attentive à l’excès.

Et là, on dirait que tu t’en fiches, que tu me délaisses. Elles ne sont pas si loin, pourtant, toutes ces résolutions me concernant…

Alors écoute moi. Regarde moi. On ne peut pas fonctionner l’un contre l’autre. Je te demande un tout petit peu d’attention. Je te demande quelques gestes simples. Je te demande juste de faire en sorte que je n’aille pas mal pour que tu ailles bien. »