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Dans le cadre de mon travail, j’utilise volontiers les mails.

Déjà parce que téléphoner, au CDI, c’est sportif. Si, si, je t’assure. Je n’ai pas de ligne extérieure donc je dois appeler l’accueil, donner le numéro et l’identité de mon correspondant, attendre que l’agent puisse me transférer l’appel – des fois tout de suite, des fois dix minutes plus tard, donc assez longtemps pour qu’il me soit tomber un truc dessus qui fasse que je n’ai plus le temps de m’occuper de mon coup de fil – des fois pour me retrouver avec le bip répétitif d’une ligne coupée parce qu’elle est agent, notre agent, pas secrétaire, donc elle tape le numéro, elle transfère, et pour peu que je décroche pas assez vite, à l’autre bout, on raccroche ; et quand j’arrive à avoir les gens, la conversation – ponctuée de « Kevin, ne profite pas que je sois au téléphone pour aller sur des sites de jeux en ligne », « Léa et Théa, pas à deux sur un seul fauteuil », « Tout le monde, moins de bruit, on est pas à la cafét’ du coin de la rue ici » – se termine bien souvent par un « très bien, je vous envoie tout ça par mail ».

Aussi parce que ça permet de faire le truc au moment où tu y penses aussi. Parce que je gère j’ai arrêté de compter combien de choses de front, toutes plus ou moins en même temps, voir carrément en même temps quand mes mains et ma bouche n’ont pas besoin de traiter du même sujet, alors quand je peux me vider la tête d’une question ou d’une demande d’info et bien je ne m’en prive pas.

Puis parce que ça donne la possibilité de dire un truc à tout un tas de gens en même temps et que ça économise le temps, l’énergie et le papier du, encore en partie indétrônable, petit mot dans tous les casiers. Car sache, toi qui n’as jamais eu à relever le défi herculéen de la circulation de l’info dans un établissement scolaire, que les profs (chers collègues, je vous aime quand même), tu peux leur coller huit affiches au mètre carré en salle des profs en choisissant des points stratégiques tels qu’à côté du téléphone et sur la machine à café (non, pas sur le panneau d’affichage), et bien les profs, ils sont capables de ne pas voir ton info. Nan, le prof, il lui faut son mot à lui dedans son casier à lui et je pourrais doubler la phrase au féminin parce que s’il y a un point sur lequel l’égalité des sexes est atteinte, c’est bien celui-ci. Et encore, là tu n’es pas sûr qu’il/elle ne rate pas le mot parce qu’il y a eu des trucs empilés dessus. (C’est là que tu dégaines ton scotch et que tu emploies l’ultimate : le petit mot SUR la porte du casier.)

***

Cette année encore, je me suis présentée sur une des listes pour les élections au Conseil d’Administration. Attends, attends, pars pas, y a un rapport avec le début : pour échanger avec mes colistiers, j’ai proposé qu’on utilise nos messageries personnelles plutôt que celle du réseau interne du bahut (pour tout un tas de raisons qui ne sont pas l’objet de ce post). Et là, j’avoue que je suis sidérée.

Il y en a, oui m’sieur-dame, il y en a qui n’ont pas de messagerie personnelle. Des profs. Les mêmes qui doivent remplir le cahier de texte de la classe et les bulletins de notes en ligne, hein, pas des gens qui ne savent pas double cliquer sur un icône. (Je ne te parle même pas de la messagerie académique : on en a tous une, sur laquelle le ministère et le rectorat nous écrivent, entre autres, mais je suis la seule à consulter la mienne régulièrement. Hum.) Pas de mail. Bon.

Et alors aussi, parmi ceux qui ont une messagerie perso ou faisant fonction (messagerie familiale…), la plupart ne les consulte qu’une à deux fois par semaine.

Parmi eux, je me fais l’impression d’une intoxiquée, addict à l’Internet, dépendante, une quasi nolife, avec mon blog, mon twitter et mes mails qui s’affichent sur mon téléphone portable. J’ai trois adresses mails professionnelles, une adresse « militantisme », trois pour le web 2.0, une personnelle, une pour gtalk et je ne suis pas certaine de ne pas en oublier. Je touche sans doute l’autre extrême de celui de ces collègues…

Je pense que je pourrais comprendre qu’ils en fassent un parti pris, un choix réfléchi, une décision mûrie mais non, c’est plutôt qu’ils n’ont pas cherché à essayer, qu’ils ne se demandent pas ce que ça apporte.

Depuis, quand je ne suis pas en train de rouspéter intérieurement parce que j’ai envoyé un truc urgent et que personne ne me répond, je dresse mentalement la liste de tous ce pour quoi une adresse mail est indispensable.

Passer une commande en ligne de choses que tu ne trouverais pas autrement.

S’abonner à des lettres d’informations qui n’existent pas en format papier.

Ouvrir un compte sur quelque site internet que ce soit.

Spamer sa belle-famille.

En fait, ça n’a pas l’air de grand chose, cette histoire de messagerie. Mais quelque part, ça témoigne d’un fossé abyssal entre leurs quotidiens et le mien.

Note de bas de page :

– Je ne sais pas qu’elle est la morale de cette histoire.