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pix by me, Annecy, Noël 2011

Déphasée. Trop de gens en trop peu de jours. Trop de vide et de prise sur soi. Trop de cynisme retenu et de phrases boucanées. Ma cage thoracique qui craque, hier, en se détendant dans l’étreinte de l’Homme. Une semaine de matelas démantibulés sur sommier de tomettes ou de lattes asthéniques. Une semaine à savoir quel jour on est à l’unique repère de ma plaquette de pilule. Une semaine à se convaincre qu’on lâche prise et le corps qui trahi en rentrant l’accumulation de tensions.

J’ai pourtant pensé que je m’étais blindée. Préparée à en avoir durcie. S’être solidifiée.

Déphasée.

J’ai fait bonne figure au regard surpris de ma grand-mère se laissant prendre à mes embrassades faute de réactivité pour repousser cette étrangère. Je me suis élevée une bonne fois pour toute contre le mauvais jeu du « Dis nous qui est qui » qui ne rime qu’à la malmenée. Quand je la regarde, elle rit. Quand je lui parle aussi. (Sauf que je ne lui parle pas. ça, on je ne peux pas encore.) Elle a ça, au moins. La maladie ne la rend ni agressive ni violente. Non, elle se marre. Pour rien, à tout bout de champ. Elle rigole et se bidonne, parfois jusqu’à contagion. Sans doute qu’elle rattrape tout ce qu’elle n’a pas rit dans sa vie.

Déphasée.

Finalement, les hématomes sont arrivés de ce que je n’avais pas anticipé. Les reproches à peine tamisé sur mon empressement à répondre à l’Homme au téléphone. Les coups de latte sur les fonctionnaires de la part de cette cousine au statut d’Intermittente qui « pense le travail en matière d’accomplissement personnel et non de salaire » alors qu’elle vient de s’endetter à hauteur de 1400 euros par mois pour les deux prochaines décennies. Cette tante qui ne se manifeste jamais, croisée par la force des choses, qui s’enflamme contre ma rousseur artificiel… Trois fois rien d’ecchymoses, je marque facilement mais guérie également très vite.

A l’exclamation qu’un Noël se passe en famille je n’oppose que mon silence, gardant pour moi que ma famille commence à l’Homme d’avantage qu’à des gens que je ne vois au mieux qu’une fois l’an et une grand-mère qui ne met derrière mon nom qu’une photo datant de ma 6e. Peu importe que je m’emporte, l’argument « mère-grand » ne tiendra plus si longtemps. Soit elle mourra avant que le système équilibriste mis en place n’implose avec ce qu’il reste de liens familiaux dans cette branche, soit elle finira dans un établissement quelconque à se gâter comme un fruit trop mûre.

Déphasée.

Cette année, pourtant, j’ai compris que je n’étais pas là pour cette gamine espiègle et voleuse de pain qui occupe le corps de cette grand-mère qui a su, pourtant, me terroriser il n’y a pas si longtemps, mais pour ma mère qui orchestre cette comédie comme pour mieux continuer à se mentir entre deux épisodes de lucidité crade, pour ma tante qui coure en vain après quelque chose qu’elle ne rattrapera jamais, pour tenir ma place sur cette scène parce qu’il n’est pas encore temps de tirer ma révérence pour embarquer avec une autre troupe.

Note de bas de page :

– C’est fini, j’arrête de geindre à propos des Fêtes pendant au moins les 11 prochains mois.