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pix by Eric-P

Hier à la même heure, j’étais bloquée, en recherche de phase, incapable de me connectée à mon travail, inapte à la réflexion, hermétique à mes responsabilités et me radoter qu’à 8h le lendemain, je devais assurer mon heure de cours quoiqu’il advienne, n’aboutissait même pas au fantôme de l’émoi d’une prise de conscience.

Hier, j’étais vide de mon métier.

Pourtant. La radio qui s’allume pour annoncer les infos de 6h, des vêtements qui tombent sur une carcasse humide d’une douche, ventre et hanches trop ronds, les derniers cookies grignotés avec un thé, deux pschitt de Flower Tag dans la descente de nuque, les différents jeux de clés dans les différentes versions de poches, la porte de sortie qui claque, la portière qui fait écho, le chemin pour lequel les petits cailloux sont devenus obsolètes, le code secret qui déverrouille le précieux parking…

Si peu d’ancienneté pour tant d’automatismes ! Je les fais assoir, les lance, improvise une partie de mon cours vaguement prévue pour une séance ultérieure mais qui trouve tout son à propos dans les questions des élèves, puis j’enchaine, je ponds ma surprise de rentrée, je déclenche les phrases sentencieuses, les apophtegmes de notre petit monde, je balbutie dans les manipulations de mon logiciel puis retrouve toute ma dextérité sans même m’en rendre compte. La machine ronronne, comme si de rien n’était.

C’est un package, comme le costume de Batman sans lequel il n’est qu’un homme, avec lequel il est un super héros. Je ne me change guère, ma tignasse rousse se traine sensiblement au dessus des mêmes vêtements au bahut comme à la ville, mais tout de même. C’est une peau, c’est un visage, c’est même une voix. C’est un rôle autant qu’un métier, quelque chose qui s’ancre vite et profondément.

Et merde, je suis prof…

Note de bas de page :

– Et ça ne s’arrange pas avec le temps !